Le sud et les îles : un nouveau tour d’horizon de l’Enotria
Sicile, Sardaigne, Calabre, Basilicate, Pouilles, Campanie



Les six régions du sud de l’Italie comprennent des vignobles baignés de soleil qui amenèrent les Grecs anciens à surnommer leurs colonies Enotria. D’Hellas, ils rapportèrent en Grande-Grèce des cépages que l’on cultive encore de nos jours et qui portent des noms tels que Aglianico, Greco, Malvasia, Gaglioppo et Moscato.

À leur tour, les Romains surent reconnaître le potentiel de ces collines qui leur donnaient des vins comme le Falernum, le Caecubum, le Mamertinum et autres vins capiteux, vantés par de grands poètes comme Horace et Virgile. Pline l’Ancien et Columelle furent parmi ceux qui consignèrent des méthodes de viticulture et d’œnologie, incluant des descriptions de méthodes de vieillissement et de conservation du vin, et même des façons de le rendre mousseux. Mais le vin connut aussi des temps difficiles sous l’Empire Romain, plus particulièrement lorsque l’Empereur Domitien ordonna l’arrachage des vignes et imposa des restrictions commerciales pour lutter contre l’excès de production.

De nombreux étrangers laissèrent leur marque sur ce littoral méditerranéen. Les Espagnols exercèrent une influence toute particulière et dominèrent jusqu’à l’époque du Risorgimento; ils introduisirent des vignes en Sardaigne, en Sicile et en d’autres endroits, plusieurs siècles après que les Arabes et les Phéniciens eurent planté les premiers plants de vigne « étrangère » en Italie.

Il est probable qu’autrefois, les vignobles du Mezzogiorno italien avaient une meilleure production que dans un passé récent. Les Pouilles et la Sicile occupent depuis toujours la première place en termes de volume de production, la majeure partie étant expédiée en vrac vers les régions du nord comme vin de coupage. Bien que les six régions produisent près de 40 pour cent de la production totale de l’Italie, elles ne représentent qu’environ 14 pour cent de tous les vins DOC/DOCG. Néanmoins, après plusieurs décennies au cours desquelles les viticulteurs avaient mis l’accent sur la quantité, les producteurs de toutes les régions sont maintenant de plus en plus convaincus que l’avenir du vin est inextricablement lié à sa qualité, car le volume diminue de façon constante à mesure que croît la qualité.

Les nouvelles techniques de viticulture, la fermentation thermorégulée, ainsi que l’élevage à l’abri de l’oxygène, ont permis de produire des vins secs et équilibrés qui s’avèrent agréablement légers et fruités. Plusieurs grands vins rouges d’Italie, aptes à un long vieillissement, proviennent du sud, avec en tête le Taurasi DOCG de Campanie. Les vins blancs modernes ont aussi fait leur apparition. Il y a également un mouvement très positif vers l’amélioration de la qualité et la reconnaissance des vins blancs doux traditionnels comme le Moscato et le Malvasia, de même que le Marsala, vin muté de Sicile, et le Vernaccia di Oristano de Sardaigne.

On croit, à tort, que le Mezzogiorno est partout doté d’un climat torride alors qu’une grande partie du territoire est tempérée et qu’en certains endroits, le climat est même très frais. Les conditions dépendent de l’altitude et de la proximité avec les mers Tyrrhénienne, Ionienne et Adriatique. Certains bons vins sont produits dans des endroits relativement chauds – les pentes du Vésuve, l’île d’Ischia, la péninsule de Salento dans les Pouilles, la côte ouest de la Sicile et la région de Campidano en Sardaigne. Mais de nombreux vins notoires proviennent d’endroits plus frais situés à plus haute altitude - les collines autour d’Avellino en Campanie, Vulture en Basilicate, l’Etna et les hautes terres centrales en Sicile, le plateau intérieur dans les Pouilles et le littoral montagneux de l’est en Sardaigne.

Des producteurs très importants, venus d’ailleurs en Italie, ont investi dans le sud, là où le climat permet d’avoir une qualité constante d’année en année, afin de pouvoir offrir des vins de grande qualité à des prix raisonnables.