[ 2 septembre 2004 ]
La Sicile : au fil de l’humanité
« LA TRINACRIA »
Symbole de la Sicile, il signifie l'île aux trois pointes, c'est le nom que les Grecs donnèrent à la Sicile, alors que celle-ci s'appelait la Sicania au temps des Sicules et des Sicanes (premiers habitants identifiés de l’île). Il est inspiré par le triskèle, monnaie de l'époque sur lequel était représenté une tête de Gorgone entourée par trois jambes.

Terre nourrie de soleil et généreuse en couleurs, en saveurs comme en beauté; héritière d’une histoire fabuleusement riche et variée; croisée de chemins maintes fois empruntés par des peuples d’origines diverses et aux cultures prestigieuses ; la Sicile, tel un joyau serti des eaux bleues de la méditerranée, a toujours attisé les convoitises ! Et ce n’est pas prêt de s’arrêter !

En effet ! Mais de nos jours, ce sont les touristes qui convoitent cette île ! Si la Sicile s’est repliée sur elle-même pendant une longue période, aujourd’hui, elle ouvre peu à peu ses nombreux trésors aux visiteurs… à notre grande joie !

C’est la plus grande île de la Méditerranée et la plus grande des vingt régions italiennes. Île volcanique au relief montagneux, dominée par l'Etna, le plus grand volcan actif d'Europe (3 350 m), sa population est à l’image de sa nature : magnifique, emplie d’une force tranquille mais toujours imprévisible !

Rattachée à l’Italie en 1860, la Sicile bénéficie d’un statut particulier d’autonomie, donnant d’entrée de jeu une idée de l’ampleur du sentiment d’indépendance qui anime ses cinq millions d’habitants répartis dans les neuf provinces qui la composent : Agrigento, Caltanissetta, Catania, Enna, Messina, Palermo (la plus grande et aussi la capitale de la Sicile), Ragusa (la plus petite), Siracusa et Trapani !

Tout autour, la mer est parsemée de petites îles merveilleuses. Au nord, les îles éoliennes, également appelées Lipari et l'île d'Ustica; à l'ouest, les îles Egates; au sud-ouest, l'île de Pantelleria; et au sud, les îles Pelagie. Chacune d’elles est une perle !

Située entre la pointe de la botte italienne (Calabria) et le Cap Bon en Tunisie, un jour, il y a bien longtemps de ça, un pont de terre reliait probablement la Sicile à l'Afrique !

Cette situation géographique, des plus stratégiques, a également contribué à attirer à elle la plupart des grandes civilisations qui s’y sont implantées et qui ont marqué de leurs influences ses coutumes, sa cuisine et ses traditions artistiques.

Dans cette île, tout est empreint de force, d’intensité, et tout existe puissamment : les couleurs sont éclatantes, la beauté est resplendissante, les caractères sont trempés ! Pas étonnant quand on sait que Grecs, Phéniciens de Carthage, Romains, Goths, Byzantins, Arabes, Normands, Allemands, Espagnols, Français s’y sont succédés !

Île de tous les mélanges, la Sicile a conservé de ces divers occupants, un patrimoine artistique et culinaire d’une extraordinaire singularité. Des merveilles à découvrir lentement, en prenant son temps ! Celui de goûter aux doux plaisirs d’un ciel à la lumière presque irréelle tant elle est belle, d’un air embaumé par des parfums venus tout droit d’orient comme du jasmin ou des fleurs d’orangers, de nouvelles saveurs, etc.

Une promenade en Sicile est un voyage dans le temps : chaque pas nous fait traverser une période différente ! Côté architecture, de somptueux vestiges helléniques tels la Vallée des Temples d'Agrigento, les temples de Selinunte et de Segeste, et bien sûr la mythique Siracusa côtoient la chapelle palatine de Palermo et la cathédrale de Cefalù, témoins du style hybride arabo-normand, souvent mâtiné d'éléments byzantins, né au Moyen-âge de la rencontre entre les cultures arabe et normande. Et si la Renaissance a eu peu d'influence dans l'île, on peut, en revanche, y admirer de beaux exemples de monuments baroques.

Peut-être que, emporté dans vos rêveries, en proie à ce romantisme presque palpable que dégage aussi la terre de Sicile, vous fredonnerez un air du très célèbre opéra La Norma, création du non moins connu compositeur Vincenzo Bellini (1801-1835) né à Catane, dont le talent a remarquablement enrichi l’art lyrique.

Peut-être aussi, trouverez-vous le temps d’apprécier quelques lignes du dramaturge sicilien Luigi Pirandello (1867-1936, Six personnages en quête d'auteur), prix Nobel en 1934, ou bien celles de Leonardo Sciascia (1921-1989) qui a consacré son œuvre à la peinture des mœurs de sa Sicile natale ! Sans oublier Le Guépard, de Giuseppe Tomasi di Lampedusa (1896-1957), qui évoque le déclin de l'ordre féodal dans l'île au moment de l'unité italienne, livre qui a d’ailleurs été porté à l'écran par Luchino Visconti en 1963.

Côté culinaire maintenant ! Il y a tant à dire mais une chose est sûre, la cuisine sicilienne est une vraie mosaïque de saveurs, de textures et d’arômes, dont chaque pièce révèle certaines particularités des différentes cultures qui l’ont composée. En voici quelques exemples ! L’utilisation des olives, vertes et noires, de la ricotta salée, de l’agneau cuit au feu de bois, de certains poissons, du miel et, surtout, du vin qui fut introduit sur l’île par les premiers colons rappellent que l’île fût longtemps sous l’influence de la grande civilisation grecque.

De l’époque romaine, pendant laquelle la Sicile fut considérée comme le grenier de l’Italie, on a gardé une merveilleuse soupe aux fèves sèches (appelée maccu du latin maccare, écraser), les seiches farcies, les oignons cuits au four à l’huile et au vinaigre, les saucisses et le boudin que les romains adoraient !

Les Byzantins, eux, ont laissé des épices encore utilisées de nos jours et les Arabes ont été à l’origine d’un grand élan novateur dans toutes les disciplines, y compris l’art culinaire.

D’innombrables pâtisseries et desserts siciliens, comme le massepain ou pappa reale, ont été créés principalement grâce au sucre raffiné introduit par la culture de la canne à sucre. Mélangé à la ricotta et à l’écorce confite d’orange et de citron (cultivés par les Arabes), on obtient la célèbre cassata ! Les Arabes utilisaient également le mûrier, l’anis, le sésame et les aromates comme la cannelle et le safran, qu’ils importèrent.

Le mariage d’essences de fruits ou de fleurs à la neige de l’Etna, a donné naissance au sorbet. Aujourd’hui encore, on peut déguster dans la région de Trapani cette même glace agrémentée de jasmin. Une autre spécialité créée à l’origine avec la glace de l’Etna est la granita, qui est composée de glace pilée et de sirop. Toutefois, la recette la plus célèbre est la granita au café.

Le cuscusù (couscous), une spécialité de la zone de Trapani, ne diffère de sa cousine nord-africaine que par l’emploi de poisson à la place de la viande mais demeure, néanmoins, l’héritage culinaire arabe le plus marquant en Sicile. Enfin, côté Normand, il reste encore l’emploi du hareng salé et fumé et du baccalà (morue séchée et salée). Mosaïque savoureuse n’est-ce pas ?

Il est sûr qu’en parcourant la Sicile, nous renouons avec une magnifique histoire, celle de l’évolution de nos civilisations, et l’on ne peut s’empêcher de réaliser, avec émotion et fierté, combien l’humanité est aussi capable de faits grandioses.

Voilà, pour merveilleuse conclusion, les mots choisis par Renzino Barbera, auteur et poète contemporain amoureux de son île : « Le 6e jour Dieu accomplit son œuvre et, heureux d’avoir créé tant de beauté, il prit la Terre entre ses mains et l’embrassa. Là où il posa ses lèvres, est la Sicile ».

Bon voyage !


 
 
 
 
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